La Corderie

07/08/2013 15:24

Bonjour,

Cet article va sans doute être écrit avec un peu de précipitation, mais c'est maintenant que vous allez en avoir besoin même si la météo locale nous annonce un beau mois de septembre ...

Vous allez vous garer place Saint-Pierre et emprunter à pied le charmant chemin côtier de la corderie qui va vous mener à la terrasse du restaurant du même nom .

Son principal atout est la vue qu'il vous offre, durant le temps du repas, sur la tour Solidor et le rocher de Bizeux (*4) .

Les trois tours "Solidor" sont réunies entre elles par de petites courtines .  Autrefois, l’édifice comprenait aussi un corps de garde, une sorte de châtelet .

Sa construction remonte au XIVe siècle, sous l’ère du duc Jean IV de Bretagne, alors en conflit avec l'évêque de Saint-Malo .  Le chantier s’étala de 1364 à 1382 .  Le duc de Bretagne souhaitait ainsi renforcer sa surveillance sur la cité de Saint-Malo et de ses habitants .

Construite à la fin du 14e siècle par Jean IV sur un petit îlot rocheux, la tour Solidor est la combinaison de trois tours élancées de 28 mètres de haut (le chemin de ronde est à 28 m, et la hauteur totale de la tour 35 m) .  Cette tour dont le nom signifierait en breton la "Porte de la Rivière" (elle s'appelait à l'origine Stiridor : Porte de la rivière), devait surveiller Saint-Malo et l´entrée de la Rance .  Elle est dotée d´un châtelet et d´une avancée .  Durant les troubles de la Ligue, la tour fut prise par le duc de  Mercoeur (1558-1602)(*1) qui s'était rallié à la Ligue contre son beau-frère Henri III .  Dès 1691, Siméon de Garangeau (1647-1741) (*2) eut l´idée de réutiliser l´ouvrage pour l´intégrer au système défensif de Saint-Malo afin de couvrir le mouillage de la Rance .  Il semble avoir eu pour projet de faire planchéier la tour (sur deux niveaux), de construire une voûte à l´épreuve des bombes (En 1693, les Anglais, ne pouvant vaincre les corsaires malouins, décident de détruire Saint-Malo .  Ils lancent contre les remparts un brûlot  de quatre cents tonneaux bourré de poudre, de matières inflammables, de bombes, de vieux canons .  Heureusement, le feu est mis trop vite à la machine infernale qui est stoppée de nuit sur des rochers à peine affleurants et qui ne cause que des dégâts matériels en un fracas épouvantable)  et enfin d'aménager une terrasse d´artillerie dotée de 7 embrasures (visible sur son élévation datée du 27 janvier 1697) .  Durant la révolution, l´édifice servit de prison comme de nombreuses autres forteresses du royaume ...  La tour (remaniée en partie haute au XIXème siècle par des restaurateurs peu scrupuleux, se vit coiffée d'une toiture en ardoises au début de ce siècle et a même été dotée d'un télégraphe Chappe pour servir de sémaphore), fut cédée à la ville de Saint-Malo en 1969 pour en faire un musée dans lequel l'amicale des capitaines au long-cours Cap-Horniers présente des cartes, des maquettes et des instruments de navigation .

 

(*1)  Le duc de Mercoeur, gouverneur de Bretagne, protecteur des arts et des lettres

Philippe-Emmanuel de Lorraine (1558-1602), duc de Mercoeur, était le frère de Louise de Lorraine, reine France, et par conséquent le beau-frère du roi Henri III .  Il devient gouverneur de Bretagne en 1582 .  Au début de 1589, il rompt avec Henri III et s'engage du côté de la Ligue .  Par cette action, il entend soutenir les droits que sa femme, Marie de Luxembourg, qui revendique sur le duché de Bretagne .  Il lui faut toutefois renoncer à son gouvernement sur cette région en 1598, quand, dernier chef ligueur, il doit traiter avec Henri IV .  Il s'engage ensuite au service de l'Empereur Philippe II d'Espagne(*3) dans la guerre contre les Turcs, et meurt à Nuremberg de retour de cette campagne .
C'est un grand seigneur cultivé, qui connaît les langues anciennes, parle l'italien, l'espagnol et l'allemand, emporte l'Iliade dans ses bagages lorsqu'il part en campagne et compose des odes à l'occasion .  Sa bibliothèque comptera dix-huit mille volumes en 1608 .  A Nantes, ville cosmopolite où se croisent Italiens, Portugais et Espagnols, il entretient une petite cour et joue un rôle de mécène .  Après la mort du duc d'Anjou en 1584, ce mécénat attire des poètes qui ne sont pas disposés à servir Henri IV tant qu'il ne se serait pas converti, notamment Jean de Boyssières et Nicolas de Montreux (1561-1610), qui devient secrétaire du Duc .  De plus, on rencontre de nombreux lettrés dans l'entourage de Marie de Luxembourg : outre Nicolas de Montreux, des poètes moins connus, comme Jean Callo, Nicolas Dadier, Julien Guesdon .  Le duc donne des spectacles somptueux .  En 1596, Montreux fait notamment jouer un grand divertissement pastoral déclamé, chanté et dansé, l'Arimène, ou le Berger désespéré (pastorale dramatique où les bergers et les bergères sont habillées de satin) .
http://www.fabula.org/actualites/le-duc-de-mercoeur-gouverneur-de-bretagne-protecteur-des-arts-et-des-lettres_12020.php

(*3)  En1571, la flotte espagnole, avec ses alliés vénitiens, écrase la flotte turque à Lépante mettant fin à la domination turque en Méditerranée .

Bataille de Lépante en 1571

En Espagne, Philippe II qui sera roi d'Espagne (depuis le 16 janvier 1556), puis roi du Portugal en1580, après la mort du roi  Henri Ier (1512-1580), dit Henri le Cardinal, sous le nom de Philippe Ier, défend très fermement le catholicisme, empêchant l'apparition des protestants, forçant la conversion des maures (celle des juifs avait déjà été imposée en1492) .  L'Inquisition resta puissante dans la société espagnole et le fut encore après lui .

Il meurt le 13 septembre 1598 au palais de l'Escurial et son fils Philippe de Habsbourg lui succède sous le nom de Philippe III (1578-1621) .

(*2)  : Jean-Siméon de Garangeau (alias Garengeau) d'après Anne BLANCHARD dans son "Dictionnaire des ingénieurs militaires 1691-1791", Montpellier, 1981, 2 tomes (qui a également écrit un ouvrage sur VAUBAN publié par FAYARD en 1996 ; Fille de Marcel Blanchard, nièce de Raoul .  Enseigne l'histoire en région parisienne, puis à Montpellier .  Elle entre en 1963 à la faculté des Lettres et enseigne l'histoire de la paysannerie du XVIe au XVIIIéme siècle, l'histoire militaire et l'histoire régionale ; elle était née en 1921 et décèdera en 1998) .

La parenthèse étant fermée, revenons à Jean-Siméon de GARANGEAU : "Famille de bourgeoisie parisienne .  Né à Paris vers 1647 .  Père : Sieur François Garangeau, bourgeois de Paris, maître menuisier .  Mère : Demoiselle Marie Dubois .  Célibataire .

Soeurs :

- Françoise, aînée, épouse de Jacques Gousse .

- Marie, épouse de Jean Rémy et belle-mère d´un apothicaire .

- Françoise, cadette, épouse de Charles Courtois, maréchal des logis de la dauphine (toutes trois habitant Paris ; mortes avant leur frère) .

Mort à Saint-Malo le 25 août 1741, âgé de 94 ans .

Ingénieur ordinaire, département de la Marine, à 31 ans en 1678 ; affecté à Brest . Ingénieur en chef à Saint-Malo en 1691 ; ayant le soin de Saint-Malo, du fort en dépendant et du château du Taureau (http://tourisme-morlaix.fr/Chateau-Taureau-Morlaix-Baie.html) en baie de Morlaix .  Directeur des fortifications de Haute-Bretagne au début du 18e siècle .  Capitaine réformé au régiment de Champagne à une date inconnue, chevalier de Saint-Louis en 1712 .  Mort en activité .  Services de guerre : Après avoir participé en tant que volontaire au siège de Maastricht (1673) et avoir été capitaine du régiment de Champagne, Garangeau fut réformé suite à une blessure .

Très remarquable architecte auquel on doit de très nombreux travaux, en particulier les suivants :

- Les forts de l´île d´Harbour, de la Latte en Plévenon, du Petit Bé, de la Conchée, de l´Ile aux Moines .

- Les travaux au château du Taureau et à la tour de Solidor,

- La canalisation du Couësnon, celle des marais de Dol,

- Plusieurs batteries et tours à feux,

- Les hôpitaux de Morlaix et de Cézembre,

- Les églises de Saint-Louis de Brest, de Saint-Servan, de Cancale, la chapelle Saint-Sauveur de Saint-Malo,

- Les répartitions des remparts de Brest et de Dinan,

- Les accroissements de Saint-Malo,

- Les projets de Saint-Servan,

- Plusieurs malouinières (maisons de campagne de Saint-Malo)" .

http://www.fortnational.com/histoire-ville-saint-malo.php

http://www.panoramio.com/photo/50527061

http://www.petit-be.com/histoire-construction.php

http://www.ville-saint-malo.fr/culture/histoire/les-malouins-illustres/simeon-de-garangeau/

http://fortificationslittorales.labretagnenord.pagesperso-orange.fr/index_garangeau.html

(*4)  http://fr.wikipedia.org/wiki/Rocher_de_Bizeux

Bon repas et profitez bien de cette magnifique vue exceptionnelle .

 

J.M. MARTIN